les lanternes de Morphée ou le contour d’un rêve gras 

les lanternes de Morphée ou le contour d’un rêve gras 

la nuit tombée dans le lit à tes côtés je ne sombre pas
l’obscurité me remplit les yeux grands ouverts et je scrute l’horizon épais
entre les lattes de ton lit je m’extirpe de toi, trace dans ton sommeil le contour d’un rêve gras
toi, tu dors, grave, confiant et défait, le rêve t’appartient, donne moi sa moitié
je lutte encore, ne veux pas m’endormir
donne, donne, ne me laisse pas orpheline de ta nuit accrochée à tes soupirs
tu respires lentement, baigne perdu dans ses ombrages où tu t’enfonces
laisse moi prendre ton rafiot pour trouver la jetée sidérale de tes paupières closes

de cet horizon noir d’être trop scruté jaillit une flamme brûlante mais presque éteinte
d’avoir trop longtemps fermé les yeux, les ombres dansent et les couleurs suintent
je réverbère ta chaleur mais l’impertinence de mes nuits m’éloigne des tiennent encore baillantes
le contour d’un rêve gras t’enduit d’indolence
dormeur tu te refuses à moi et m’interdis au troupeau de tes songes
ainsi condamnée à la peine, toujours même, de ne connaître de ton sommeil que son silence
comme si mon amour ne s’imprimerait jamais plus en toi
et que la nuit triomphe de nos étreintes et engloutisse tout ce que je sais de nous et de moi

le rêve est tien, donne m’en la moitié
car de ta nuit naissent toutes mes sutures
je voudrais te savoir au pays des chimères et appartenir aux terres où ta tête s’en veut aller
quand ton corps lourd demeure dans le lit couché auprès du mien
le ronronnement de ta poitrine
les vibrations de ta main sur l’enclume des draps
te voilà ailleurs où tout nous sépare
et mes sutures se délacent, cicatrices ébrasées par ton invariable départ

le poids du dormeur m’enfonce dans l’insomnie, s’étend jusqu’au matin
jalouse des formes que tu ne peux voir si j’y suis
si j’allume, de tes journées que j’épouse il ne restera rien
car l’amour tient au secret invétéré qui croupit dans le crépuscule d’où reluis ta lumière
et je ne sais parler du reste, alors je m’y tiens
cette longue attente perfore mon coeur qu’un de tes mots suffirait à fendre

de la sorte criblé, il m’est défendu de le suivre
car en cavale affolé dans le froid de ma nuit pleine je pourrais me méprendre
à te vouloir tout entier sans jamais ne pouvoir te quitter et te croire déjà parti
trahie dans le royaume des délires, donne moi ton rêve ou laisse moi dormir
prends mon rire ou fais moi jouir, mais ne pars pas
la nuit suffoque Ton corps m’écrase
je voudrais te dire non
je n’y arrive pas
l’oeil rond collé au plafond
les lanternes de Morphée ont fait mon extase
au matin je serai partie

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