moments mode

17 mai 2017. Dix-sept mai deux-mille dix-sept, il fait beau, il fait le temps de la fin d’année, d’un été nouveau qui débute, un semestre qui touche à sa fin. Les jours ont passé dans une torpeur enivrante ou une monotonie sinistre, selon les semaines et les saisons, selon les couleurs qu’elles ont revêtues une à une. Tout défile et file à toute allure dans la ville où même la nuit il faut vivre. Et puis ça y est, c’est la fin de l’année ou presque. Et qu’est-ce qu’on en retient ? Qu’en oublie-t-on ? On aimerait se souvenir de tout, mais pas le temps pour ça. On voudrait peut-être fuir les sentences du temps qui nous échappe toujours, glisse entre nos doigts. Pourtant, dans toutes ces journées parfois si semblables, toujours la mode s’est immiscée quelque part. Même si on ne l’a pas vue assis au premier rang d’un défilé croisière au mois de mai, même si on a pas pu la porter comme on aurait voulu parce qu’elle est coûte trop cher. Quelque part de non cartographié, presque indicible dans l’alchimie de l’air et du temps, il y a des minuscules moments où la mode épouse la langueur des journées grises. Ce sont par ces instants fragiles et timides que l’inspiration sans cesse apparaît, et que la beauté peut tous les jours renaître.

à chaque minute qui passe, son détail insignifiant. 6:35 un turban en serviette, 7:3O transe du métro qui débute. ses rencontres inédites, silhouettes inconnues qui se meuvent et se tordent comme des lianes bousculées par le rythme du métro sale. une fille rentre de soirée, yeux pochés, dans la nuque du rouge à lèvres effacé. deux filles s’embrassent, un autre couple s’embrasse, les amants qui se quittent à quai quand commence le jour. les gens déambulent hasardeux et perdus, démarches singulières et ports de tête atypiques, regards embués on lit leurs faiblesses dans leurs mimiques. savent-ils qu’ils ressemblent à ces visages sans noms, ces corps sans identités partout placardés ? ils sont les muses inconnues des chefs d’oeuvres pas encore terminés. les mannequins boiteux du défilé de leurs mondes – qui s’entrecroisent quelques secondes. 15:32 la professeuse debout sur son promontoire est une statue vestale debout sur son socle noir. 15:55 une femme s’endort, se laisse bercer par le son insupportable des rails par la mélodie de ses souvenirs amnésiques, une femme s’endort au milieu du tintamarre prodigieux de la vie commune. 19:02 les sourcils foncés d’un homme, costume gris, dont la fumée de cigarette camoufle le visage. l’harmonie du chaos de la rue est celle du génie créatif – dans un élan de folie fait se voir la beauté d’une allure, l’éphémère de la beauté d’une stature. l’harmonie de toutes les couleurs, les motifs, les parures, les sequins en masse et les essaims de sacs. dans la différence une unité marque. toujours la même foule, partout dans la ville, toujours les mêmes fringues. les chemises blanches sont partout, partout les mêmes cols blancs, les deux mêmes manches. pourtant partout, pourtant portées sans pareil sur chacun, chacun laissant avec sa chemise blanche s’échapper un bout de soi, quelque chose de lui, une once d’une porte ouverte à sa vie. 21: 46 une fille s’accroche à son verre de rouge, les joues roses. comme si l’ivresse l’ennuyait déjà. déjà démodée, obsolète, nul, zéro, ringard, plouc, beauf – la mélancolie dans ses yeux : comment rester dans son temps, même si on préfère se cacher dans l’oubli, dans l’ivresse, les vestiges d’un passé d’enfant ?
10: 01 pause. elle s’attache les cheveux, tire sur sa cigarette. elle ressemble à une actrice dont on ne retiendra jamais le nom. 11:45 une amie échappée dans ses pensées, yeux brillants et soupir exaspéré. on ne peut pas mentir par le regard. la beauté est dans le vrai et le réel de cette scène l’est plus que n’importe quelle publicité vantarde et vendeuse de mensonges jolis et arrangeants. dans la vraie vie, la mode est plus importante, significative des vérités que, trop pudiques, on veut cacher.
IMG_908322:22 : des amies affalées s’échangent des confidences drôles et sans importance. la grâce d’être sans-gêne, d’être à l’aise, d’être des filles de pacotille ou de braise. voir en l’autre le reflet de soi.
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00:30 : les bras de Morphée s’ouvrent aux corps nus, démaquillés, déshabillés, lavés, dans les draps tout froissés. bras de Morphée délivre leurs secrets, repeint leurs visages des couleurs que les gens de la vie leur ont donné, royaume des rêves rien ne démarque ce jour d’un autre pourtant leur abandon dans le sommeil immortalise leur beauté étrangère à la mode, leur candeur d’enfant dans l’innocence de la nuit laisse voir la beauté partout éparpillée. la mode peinte sur les joues, les épaules rondes, les hanches étroites, les commissures au coin des lèvres moites. dormez, demain tout sera possible.

 

Amélie Zimmermann.

l’identité française

Saison après saison, la mode à Paris réinvente l’idée qu’elle s’est faite de la silhouette de la Française. La Parisienne : est-ce une allure, un style, une façon de vivre ? Les femmes des autres capitales de la mode nous envient ce mystère que nous entretenons – la french touch, l’indicible énigme dont nous jouons pour mieux se sentir françaises. Toutes les figures de la mode parisienne ont oeuvré pour construire ce « capital » de l’esthétique française, cette signature propre à la culture d’un pays en pleine crise identitaire. Tous ont oeuvré pour livrer leur vision de la femme affranchie et libérée, libérée grâce à la mode, dont l’identité se construit par la mode.

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yves dans son atelier

S’il fallait chercher quelque part la quintessence de la Parisienne, c’est au creux des bras d’Yves Saint Laurent qu’on y trouverait sûrement tout le génie qui fait d’elle une femme intemporelle. Grâce à lui, elle ne se laisse plus dicter ce qu’elle doit être, elle est une femme qui peut se déguiser en homme, porter un smoking ou une toile d’un artiste sur sa robe ; son œuvre à elle est son corps assumé, qui grandit avec la révolution sexuelle le libérant. Saint Laurent est né à Oran, Algérie, dans les années 30. Il est emprunt d’un désir d’ailleurs, d’une idée de la femme parisienne qui traverse les continents, s’arrête dans son jardin Majorelle le temps d’une escale et danse toute la nuit dans les clubs parisiens. En 1967, il présente sa Collection Africaine dans laquelle il a l’audace de réinventer la Saharienne, vêtement fonctionnel des militaires de l’armée britannique indienne, en un habit porte-parole du chic parisien. Il crée un nouveau lieu commun de la mode, qui s’imagine à chaque nouvelle saison sous une autre forme, par de nouveaux créateurs. Il est le premier à inviter des modèles d’origine africaine ou asiatique à porter ses vêtements. On se souvient de la beauté frappante de Katoucha Niane, l’un des premiers visages noirs à se faire une place dans l’industrie. Née en Guinée, morte à Paris, elle est celle qui incarne le mieux l’identité de Saint Laurent. On a grâce à son héritage précieux une vision d’une parisienne incandescente et versatile, qui ne se définie par aucune ethnie mais seulement par l’élégance de sa manière d’être.

L’histoire de la mode parisienne est marquée par l’immigration de nombreux stylistes étrangers en cette terre propice au développement d’une construction identitaire par le style. Les années 70 notamment, avec la venue d’un essaim de créateurs japonais dans ce qui était alors la capitale de la mode. Rei Kawakubo, figure emblématique d’une mode parisienne dont le beau n’est plus l’objectif final ; Kenzo Takada, l’un des premiers à éliminer les barrières des frontières, et dont la marque Kenzo reste la manifestation d’une mode française aux influences d’ailleurs; Issey Miyake, qui vient apprendre le métier à la Chambre Syndicale de la Haute-Couture ; Yohji Yamamoto, qui fut un temps le compagnon de Kawakubo. Ces créateurs ont insufflé à la mode parisienne un souffle propre à leurs origines, en réinventant ses codes et ses manières de s’exprimer. Azzedine Alaïa, franco-tunisien, Elsa Schiaparelli, italienne installée et décédée à Paris, Cristóbal Balenciaga, espagnol revisitant les conventions d’une mode française… La liste serait longue : elle est inutile. Car ce qui reste, derrière la figure de ces génies créateurs, ce n’est pas le pays d’où ils viennent, mais plutôt leur talent qui a nourri la France, et contribue jusqu’à aujourd’hui à définir  son identité hors des cadres étriqués des frontières. Il en va de même pour les muses parisiennes, celles qui inspirent le monde entier : Isabelle Adjani, dont le père est kabyle et la mère allemande, Jane Birkin, anglaise dont l’accent délicieux ne succombera pas au temps passé en France, Loulou de la Falaise, franco-irlandaise, Grace Jones, d’origine Jamaïcaine. Oui, s’il fallait en faire, les listes seraient très longues, et très belles.

Ce n’est pas un hasard si de nombreuses figures de la mode londonienne se sont engagées contre le Brexit l’an dernier. Car la sortie de l’Europe signifie pour la mode l’arrêt d’un échange libre et continuel entre les pays, un échange certes économique, mais aussi culturel. La mode se caractérise par le syncrétisme culturel, le dialogue des civilisations, les inspirations du monde partagées. Les mannequins passent leur vie dans les avions, les plus beaux endroits des quatre coins du globe profitent aux éditoriaux des grands magazines parisiens, les maisons de couture voyagent grâce aux défilés croisières, les réseaux sociaux relient ceux qui admirent la création quelque soit leur nationalité. La mode, c’est l’identité. D’abord individuelle : chacun se construit par son corps, par ses vêtements, par la vision d’autrui sur ce qu’il ne peut cacher. Mais la mode, c’est aussi une identité nationale, surtout dans un pays comme la France où elle permet son rayonnement dans le monde. J’ai débuté cet article en me demandant comment définir la silhouette parisienne : je réponds ici qu’il est impossible de lui conférer une essence. La définir, c’est oublier à quel point elle est fragile et se change chaque saison. Ses codes se déconstruisent pour mieux se refaire selon la perception de ceux qui l’incarnent : stylistes, photographes, mannequins. Le propre de la Parisienne, c’est qu’elle dispose d’une liberté d’être si grande que de vouloir la capturer en revient à fermer le champ incroyable de ses possibles.

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image extraite du Vogue Paris d’avril 2013, au Pérou

A sept jours du 2ème tour des élections, il est important de se rappeler ces faits qui façonnent la mode française et grâce auxquels elle perdure avec tant de succès. La mode française, l’identité française, ne peuvent être rangées dans des cases réductrices et caricaturales. Elles regardent le monde, s’en inspirent, elles accueillent ceux qui toquent à sa porte : voilà la réalité d’un pays en crise identitaire. Pour la mode aussi, il faut se souvenir de cela. Pour la mode aussi, il faut faire barrage au populisme nationaliste et à sa politique qui oublie l’histoire, qui oublie la beauté d’un monde qui est plus fort quand il n’est pas cloisonné par des frontières invisibles.

Amélie Zimmermann.

eros rhabillé

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Les mètres de tissu parcourent les corps, mille parures recouvrent la finesse de sa chair, protègent les secrets pudiques de son jardin cadenassé. Et là quelque part, une petite fente effrontée laisse entrapercevoir l’insolence délicieuse d’un bout de peau exposé. Le rôle de la mode est d’habiller le corps, mais pourtant elle préfère le dénuder et révéler son enveloppe délicate. Puisque le corps est son matériau premier, puisqu’il abrite les passions qui nous déchirent, qu’il fait vendre et se vend et se distribue et se prostitue, puisqu’il est encore pourtant si controversé et censuré, la mode lui sert d’asile ou l’exploite, selon l’inflexion de ses humeurs capricieuses. C’est le corps des femmes qui l’obsède, le dessin gracieux de ses courbes que la mode, insatiable et affamée, n’hésite pas à parfois manger tout cru. La mode et le nu, la mode et le nu féminin : des sujets impénétrables, trop discutés, mal cernés et géniteurs de scandales osés. Là où certains voient appropriation de l’image d’une femme asservie et sexualisée, d’autres sont touchés par ce qu’ils pensent être de l’art ou du beau. La vérité se trouve quelque part perdu entre les deux, accrochée au déclic d’un appareil qui pénètre les trésors du corps le plus admiré et le plus redouté.

Été 1929, un studio à Montparnasse. Lee Miller, sa beauté mélancolique, et Man Ray, son oeil vif immortalisant le je-ne-sais-quoi des figures énigmatiques, insondables. Man Ray, grand chef de la photographie dadaïste, prend les femmes en photo nues. Cette audace de son époque lui vaut un succès considérable, surtout aux Etats-Unis où les magazines se l’arrachent, fascinés par le pouvoir envoûtant de ses clichés. Peintre dans l’âme et dans le coeur, il insuffle à son style un air de surréalisme novateur. Le corps des femmes devient son objet d’étude et d’expérimentation : c’est un corps presque irréel, tantôt plat, tantôt galbé de ses formes prodigieuses. Il invente avec Lee Miller, dont on ne connaît généralement que le minois et le bout des seins, la technique de la solarisation qui révolutionne la photographie et permet aux corps nus de s’étirer inlassablement entre les ombres et les lumières qui s’étendent le long de leurs lignes.

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Lee Miller, photographe américaine issue de l’école des Beaux-Arts de Paris, modèle et intellectuelle de son temps, est la muse et l’amour de Man Ray. Leurs images sont la célébration d’un érotisme timide et naïf, d’une vulnérabilité inespérée, d’un humour léger, et d’un abandon dans la beauté. Elles captent l’instant fugitif de l’émotion qui s’évanouit aussitôt, elles sont le fruit de la fortuite rencontre entre ce hasard opportun de l’instant fort, et le talent d’artistes capables de le capturer. Mais Lee Miller n’est vue que comme la modèle, elle n’a ni nom, ni voix. Pourtant, c’est elle qui prend des photos signées Man Ray lorsqu’il n’est plus en état de photographier ; c’est elle qui prend des photos dont l’intelligence permet l’humour dans l’art et la beauté dans l’ordinaire ; c’est elle qui inspire et qui crée. Femme d’esprit et de conscience, elle suit l’armée américaine pendant la 2ème Guerre Mondiale et est la première à montrer des images des camps de concentration, vendues au magazine Vogue. La femme nue, qu’on imagine sans identité, envoie se rhabiller les préjugés pour mieux profiter de son règne sur la mode, sur le monde.

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camps de concentration, lee miller

Le corps des femmes se libère au fur et à mesure que les décennies avancent, et avec Helmut Newton, il se dresse droit comme un i prêt à mener un nouveau combat contre les codes et les conventions. Newton met en scène le désir, les pulsions, la tension sexuelle des rapports entre les corps qui leur est consubstantielle. Rapports de soumission et de domination, nudité apparue là où elle est proscrite, dangereuse nudité, et surtout provocation, arme de Newton. La mode n’est ni mièvre ni fantasme: elle montre les corps dans leur totalité, ces corps qui ne sont que charnels et naturels. Il est ridicule d’en avoir peur. Newton et son noir et blanc tranchant touche à ce qu’il y a de plus instinctif, animal et authentique en nous, il livre une vérité sur les corps qui sont fait pour être vus, désirés, et fièrement acceptés.

Puis, le XXIème siècle prend ses marques, la mode y prend ses aises. Après des années 2000 riches en scandales et le porno chic de Carine Roitfeld alors à la tête de Vogue Paris, la mode et le corps des femmes semblent noués par une relation conflictuelle et difficile. Les marques comprennent que le corps nu de la femme, pour faire vendre, doit être sexualisé. Les campagnes deviennent des controverses : parfum Tom Ford pour hommes en 2007, pub American Apparel en 2006, pubis épilé en forme de G pour Gucci en 2005…

publicite-tom-ford-5_948381publicite-tom-ford-5_948381C’est la surenchère : qui osera montrer quoi ? On franchit un cap avec la campagne Eckhaus Latta de 2017 qui fait figurer des modèles entrain de faire, véritablement, l’amour à la caméra. Ou plutôt, devant elle. La mairie de Paris, face à cette prolifération de corps nus à tout va, vote suite à la dernière campagne choc de YSL un amendement pour lutter contre les publicités sexistes. Pourtant il y a un enjeu important et artistique dans la photographie de mode célébrant le corps des femmes. Newton et Man Ray en sont des exemples parfaits. Seulement, aujourd’hui, l’espace public est saturé d’images de corps féminins nus. Ils s’infiltrent même dans l’espace privé, sur les écrans de nos portables que nos doigts touchent furtivement, prêts à scroller des kilomètres de nudes partagés. L’exaltation de la pornographie, la télévision et les réseaux sociaux ont fait se perdre la valeur du corps nu pris en photo. Celui de la femme est partout, tellement partout qu’il ne provoque plus de réactions. Presque plus aucune démarche artistique ou intellectuelle, aucun processus expérimental, ne justifie sa présence imminente dans nos vies. Il n’est plus qu’une simple consommation comme une autre. Nous sommes blasés de la nudité, habitués ou écoeurés, peu importe, elle est banalisée. Nicki Minaj pensait faire le buzz en se pointant au défilé Haider Ackermann de mars un sein à l’air. « Couvrez ce sein, que je ne saurais voir », Molière a bien vu : elle a recouvert son téton d’un scotch minuscule. Mais personne n’a crié au scandale. On a l’habitude. C’est comme si, finalement, le nu ne faisait plus vraiment sens. Et c’est bien dommage.

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Amélie Zimmermann.

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intimacy c’est une série de vidéos où les images mises en scène veulent dire la beauté des choses simples du bout des doigts : comme un sourire insoupçonné, une main tendue dans de l’eau glacée, comme des étreintes secrètes que personne ne voit, des regards qui ne savent pas mentir, une veste qui traine par terre avec renversés les trésors du fond de ses poches, des mèches de cheveux en bataille parce qu’on a pas eu le temps de les coiffer, un verre d’eau fraiche après une journée au soleil, des habits fripés de les avoir trop portés. intimacy c’est les détails qu’on oublie parfois de regarder, c’est les moments intimes qui font des êtres humains, des hommes.

Amélie Zimmermann.

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Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues. 

Quelques vers de Paul Verlaine, Mon rêve familier. La suavité de ses mots, les consonances qui résonnent incessamment dans nos têtes : il évoque ici le temps, celui qui passe et fait tout disparaître, qui triomphe face aux vanités des existences fragiles. Nous, face à ce temps qui nous échappe, nous essayons tant bien que mal de vivre des vies arrangées. On se dit héritiers et on se lègue des trésors ; on invente des patrimoines pour défier l’éternité ; on apprend l’histoire ; on pense au passé ; parfois les jeunes se sentent vieux et les vieux se croient jeunes ; certains d’entre nous ont droit à la postérité ; d’autres, à l’oubli. Les vêtements, parce qu’ils portent ou détruisent les codes des époques, révèlent à l’homme sa propre conduite face au temps : sa manière, singulière et consubstantielle à son espèce, d’en avoir peur et de vouloir toujours le dépasser. Cette course interminable dans laquelle il se lance et consume son énergie, c’est une course contre le temps qui lui rappelle à quel point il n’est rien, rien d’autre qu’un mortel parmi l’immensité des univers qu’il ne connaît pas. Mais c’est aussi une course qui donne sens aux existences humaines : la mode l’a compris. Et pour cela, elle veut le transcender, le temps. Car elle ne vit qu’à la mesure de son rythme à elle, elle se permet de ne pas être à la même heure que les autres, suivant les soubresauts de son tempo décalé. Souvent en avance, elle cherche dans le passé des mystères irrésolus pour donner au présent la pulsation qui le fait vivre – plus fort. 

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Les vêtements subissent le temps de façon directe et brutale : salis, usés, ils sont sa première proie. Avant même d’attaquer le corps et de ronger la chair, le temps marque le tissu qui le protège des dangers extérieurs et renferme ses secrets. C’est comme cela que vit la mode : à travers le corps qui la porte, face aux critiques de l’époque qu’elle dessert. Elle est la communion de ces différents temps que l’on décline communément par trois : le passé, le présent, l’avenir. La mode permet de comprendre l’état d’une société, ses avancées ou ses retours en arrière. Avant-gardiste ou nostalgique, elle revêt à l’envers tous ces codes sociaux, redéfinit les repères temporels alors devenus flous. Ces fonctions multiples rendent son oeuvre périlleuse : on dit que la mode fonctionne par phases, qu’elle se recycle, que tout redevient « à la mode » un jour ou l’autre. D’ailleurs, bien souvent on parle des modes au pluriel, des tendances, celles qui fanent et disparaissent, qui vont et viennent comme le soleil se couche et se lève chaque jour. Pourtant, et c’est là que le paradoxe advient, la mode aspire à quelque chose d’autre. Une sorte d’immortalité, une visée atemporelle ?

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L’ambivalence de la mode, c’est d’être à la fois de son temps, et à la fois en avance. Pour durer, toujours. C’est  là l’objectif des photographes, des stylistes ou des mannequins : durer. Tous partagent la même crainte obsédante : ne faire que quelques saisons puis être dépassé. Ne plus être dans l’air du temps. En fait, il faut incarner une modernité qui pourra encore surprendre dans 20 ans, et à la fois il faut représenter une beauté teintée de mélancolie, qui appelle aux souvenirs de temps perdus. On voit dans la mode se détacher des mouvements emblématiques de leurs sociétés. On reconnaît facilement le style des 70s, on sait d’un coup d’oeil différencier les robes du Jazz Age à celles des pin up des années 50. Et parmi ces phénomènes, parfois se détachent des photographies non datées, où le même oeil pourtant expert et habitué semble alors incapable de reconnaître un quelconque indice temporel. Un tailleur Chanel qui sculpte une silhouette, un smoking YSL qui redéfinit la taille. Des pièces classiques, des lieux communs de la mode, revisitées et réinventées jusqu’à ce qu’on perde de tête leur origine, le jour où elles sont nées, celui où elles ont été enfilées pour la première fois. C’est peut-être cela, la reconnaissance ultime pour un créateur : être tant porté qu’on ne sait plus qui l’a fait, quand, où et à quelle occasion. Ou alors ne pas l’être du tout, et par les chuchotements des passionnés, survivre et devenir un mythe. Une légende. Les maisons de couture héritières d’un passé riche et complexe, de traditions qui les font vivre, d’un style qui traverse le temps, sont confrontées à la difficulté d’innovation dans le respect de ces coutumes à qui elles doivent leur renommée. Aujourd’hui, les directeurs artistiques jouent aux chaises musicales et changent de job comme Riri de coupe de cheveux : c’est sûrement plus facile pour eux, oiseaux libres et volatiles, d’apporter de la fraîcheur à une marque qui vit depuis plus de 100 ans. Chacun d’entre eux, par la même occasion, donne un peu de son identité. Raf Simons apporte chez Dior son amour de l’épure, avant de renoncer à ce poste pour ouvrir sa maison à lui ( est-ce trop de pression que de s’inscrire dans la lignée d’un couturier tel que Christian Dior ? Pas de marge de manoeuvre suffisante ?). Olivier Rousteing au contraire s’en amuse et ne cesse de teinter les pièces iconiques de Balmain (volumes soignés, épaules rehaussées, taille marquées, une sophistication légère et désinvolte) de ses codes à lui – qui sont ceux d’une génération nouvelle, d’une manière nouvelle de voir la mode. Rachetée par une société d’investissement de la famille royale du Qatar en 2016, propulsée sur la scène internationale par une autre famille, les très médiatisés Kardashian, dont l’empire est comparable, la maison autrefois ouverte par Pierre Balmain en 1946 à Paris est à dix mille lieux de ses origines timides et modestes. Pourtant, c’est ainsi qu’elle réussit à braver le temps. Karl Lagerfeld lui aussi rompt avec la tradition, en arrivant tout jeune et tout frais chez Chanel en 1983 alors que le monde entier disait la maison déjà morte et enterrée, après les scandales et la fin de carrière difficile de Gabrielle. Car s’il faut en garder les trésors précieusement, ce sont les moments de rupture qui sont inévitables et surtout indispensables pour la survie de ces maisons de couture. Et maintenant, toujours critiqué et à juste titre critiquable, Karl reste celui qui incarne l’esprit de la mode : inventif, versatile et novateur, mais surtout ancré dans ce qui est moderne, actuel, contemporain, de son temps.

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Mais justement, la mode n’a-t-elle pas un problème avec cela : vieillir ? Toujours à combattre la ringardise et le vieillot, à guetter avec avidité les symptômes de la vieillesse. Symptômes jugés maladifs, dépréciatifs d’un âge dont est pourtant attribuée la sagesse. Alors la mode se veut intemporelle, pourtant elle reste scotchée à sa peur de voir sa peau flétrir, son dos se courber et ses cheveux perdre leur éclat. Si bien qu’elle est devenue de manière systématique synonyme de jeunesse. Cet automatisme aliénant sous-entend qu’il n’y a qu’un seul âge pour être dans la mode, pour être glamour ou pour aimer son corps, le trouver beau, attirant, pour lui donner le droit de s’assumer : celui des premières fois, des insouciances des bouts des nuits, des chairs tendres et des peaux lisses. Les mannequins, dont la carrière éphémère ne promet pour la plupart que quelques années de rayonnement, sont recrutées très jeunes. Dès 14 ans avec des programmes de casting comme les concours Elite Model Look,  les futures new faces sont épiées et recrutées alors que leurs grands corps encore gauches sortent à peine de leurs chrysalides. Et si elles sont moins jeunes, il faut que leurs visages soient juvéniles, chérubins d’une beauté mutine, poupines aux jambes de gazelles. Parce que l’on cherche de la fraicheur et que l’on est persuadés qu’on ne peut la trouver que dans l’enfance ou l’adolescence, on ne représente que les jeunes et leurs corps secs et tendus, prêts à affronter la vie avec le désir et l’ardeur qu’on attribue qu’à eux. Comme si tous les autres âges n’étaient rien d’autre que le flétrissement de la vie, la décrépitude du corps et l’endormissement apathique de l’esprit. Comme si ne pas être jeune signifiait être laid, dépassé. Pourquoi la mode n’offre-t-elle que des odes à la jeunesse ? Pourquoi oublie-t-elle toujours qu’il existe un temps pour tout ?

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Sophie Fontanelle, journaliste mode chez l’Obs, instagrammeuse et icône mode second-degré, assume ses cheveux blancs (magnifiques), assume sa beauté qui pèse dans l’assemblée des – de 25, assise aux front row aux côtés des jeunes stars souvent déjà botoxées. Et elle est géniale, l’oeil malicieux, la vivacité d’esprit retranscrite à travers celle du corps. Un corps qui est toujours là, organique et bien vivant, revêtu de parures expérimentales, d’un style neuf et surprenant. On pourrait en faire l’allégorie de la jeunesse, si par jeunesse on entend vie, beauté, générosité et idées. L’allégorie de la femme qui s’en fout, nonchalante face au temps qui ne peut rien contre l’amour qu’elle donne, qui déborde, la passion de la mode qui la porte. Il faut aller contre les idées reçues qu’à partir d’un certain âge, on ne peut plus se permettre certaines choses : les baskets non, les manches courtes certainement pas, les minijupes il faut oublier. Car ce qui est ridicule, c’est de passer à côté de tout cela. Pourquoi photoshoper les rides, effacer les marques du temps sur la peau ? Les photos de Peter Lindbergh ont pour seul filtre celui du noir et blanc, celui de la vérité. Et quand il photographie des monuments tels que Jeanne Moreau, Isabelle Huppert, Cate Blanchett ou Iggy Pop, il ne retouche pas ce que la mode verrait d’imparfait en eux. Il immortalise les personnalités les plus impressionnantes, quelque soit leur âge, les magnifie par son regard perçant qui sait où trouver justesse et émotion. Ses photographies n’ont rien besoin de plus. Elles sont immortelles ; suspendues hors du temps. Pourtant, partout on placarde une image conventionnée de la parfaite jeunesse, une esthétique dictée par des codes sociaux dont la mode semble avoir peur de s’affranchir. Mais la mode ne se revendique-t-elle pas justement pionnière, porte-parole des libertés et des messages  sagement cachés sur le bas-côté de la société des gens « comme il faut » ?

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Bien sûr, la mode est identitaire : les jeunes sont directement concernés, ils se créent une appartenance à un groupe ou au contraire une singularité qui leur sont propre. Ce sont eux qui sont les muses ; on observe leurs interactions avec le monde, la manière dont ils parlent, dont ils bougent, leur façon de porter un jean ou un foulard. Aujourd’hui plus que jamais, une fissure entre les générations semble séparer deux univers. Les technologies et la révolution numérique bouleversent les métiers, les services, les rapports humains. Sûrement parce qu’incompris les jeunes fascinent, et on cherche quelque part à capter l’essence de cette jeunesse qui s’adapte plus vite que la musique, qui fait tout à la fois et pourtant ne fait rien (les muses de Jacquemus, ces filles de la piscine, qui traînent et errent comme des fantômes sans but, le Gucci Gang et les jolis minois des réseaux qui se languissent face aux caméras). Mais le contact entre les générations se rétablit. On voit Iris Apfel, 95 ans, égérie Mac, les photos de la mamie de Sacha Golberger, Mamika, comme héroïne ultra moderne. Depuis quelques temps, la mode se décline et il n’existe plus de lois pour la porter. On va dans des friperies, on fouille le regard alerte dans les grands bacs à 1€ de chez Freep’star, on porte les vestiges du passé en leur offrant des vies nouvelles. Comme cette jupe sur les photos. Qui avant moi l’avait boutonnée, puis déboutonnée ? Qui avant moi la pliait dans son placard ? Les vêtements parlent d’eux-mêmes, nous racontent des histoires. Peut-être qu’il est temps de ne plus s’imposer de barrières et de laisser libre cours à la simple communication des individus, quel que soit leur âge, leur origine sociale. Peut-être qu’arrêter le temps, ou devenir éternel, c’est tout simplement assumer les années qui passent. Le temps qui ne nous écrase pas, mais plutôt qui nous porte de par le monde. Nous rend vulnérables, forts, peureux et braves. Celui qui passait déjà avant nous, et qui nous dépassera.

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Amélie Zimmermann.

dessins de mode

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C’est à priori de ce premier coup de crayon que naît la mode. Lorsque d’un tracé pourtant presque aléatoire la page blanche se remplit, les formes se devinent. Une silhouette, en quelques traits décisifs, est là. Le nouveau visage de la collection, les tendances futures : tout s’y tient. Le dessin de mode capture ce qu’il y a de plus vif dans l’esprit du créateur. Ce qu’il ne peut exprimer ni avec des mots, ni avec toute autre forme d’art : il a désigné la mode pour traduire le langage incompréhensible de ses visions et de ses rêves.

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C’est ce dessin qui doit alors parler de lui-même, se suffire à lui-même. Il doit pouvoir donner aux ateliers, aux petites mains, à ceux qui vont créer tissus, accessoires, maquillage et coiffure, les indices précieux pour mettre en forme l’idée originelle, celle qui porte la collection et son message. C’est ce dessin aussi qui doit capter déjà le mouvement de la femme qui portera l’habit ; il doit, bien que plat et sans vie, être animé. Il faut l’ingéniosité, la virtuosité des grands créateurs pour pouvoir, par ces éclats de couleurs sur le papier permettre à l’industrie de fonctionner. Car ce sont eux qui sont dans ce qu’il y a de sûrement le plus artistique dans la mode : les sketches de certains couturiers pourraient être des tableaux sans toile ni cadre, des tableaux dont seule leur beauté propre suffit.

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C’est ce talent qui  précisément leur permet souvent d’accéder à d’autres rôles que celui qui leur est propre, que celui de faiseur de vêtements. Karl Lagerfeld a de nombreuses fois collaboré avec l’Opéra de Paris pour dessiner les costumes des ballets : au début d’année, Benjamin Millepied lui a demandé d’habiller ses danseurs pour le Brahms-Schoenberg Quartet de George Balanchine. De plus en plus de musées décident d’afficher ces petits dessins de mode, leur donnant ainsi une légitimité et une crédibilité dans le monde de l’art. Le musée des Arts Décoratifs de Paris expose actuellement costumes, vêtements et dessins de créateurs à l’occasion de son exposition Tenue correcte exigée.

Les outils, les armes des créateurs, ce sont les marqueurs par milliers, la déclinaison infinie des Faber-Castell et de leurs couleurs chatoyantes. Rien de plus, rien de moins : il suffit de peu, finalement, pour créer de la mode. Pourtant, de plus en plus, de nouveaux outils font leur apparition et viennent coupler, ou même remplacer ces traditionnels-ci. Tablettes, ordinateurs, logiciels ultra puissants : les instruments des info-graphistes se retrouvent entre les mains des créateurs. Certains d’entre eux engagent même d’autres mains pour dessiner à leur place (Raf Simons), de plus en plus travaillent en équipe. Les imprimantes 3D elles aussi sont intégrées au processus de création. Toutes ces nouvelles manières de fonctionner permettent l’invention de pièces inconcevables dans la simple « réalité » plastique telle que nous la connaissons. Par exemple, il serait facile de faire à partir d’un logiciel d’infographisme un tissu multicolore dont aucune couleur ne se touche, ou bien des symétries et des coupes parfaitement parfaites. Qu’est-ce que cela signifie pour le dessin de mode ?

Est-ce la fin d’une ère ? Certainement. Et il faut s’en réjouir : toutes ces techniques de création décuplent les horizons envisageables pour les stylistes. Ils peuvent désormais explorer là où auparavant les champs étaient minés. Au XXème siècle, une révolution de ce même genre avait bouleversé la mode : le développement de la photographie, introduite dans la mode par Man Ray, mais exploitée surtout à partir des années 60. Avant, les couvertures des magasines étaient dessinées, et les défilés eux aussi retranscrits à travers les dessins de mode. Désormais la photographie a balayé ces anciennes techniques. Mais le dessin de mode n’est pas mort. Aujourd’hui, dans ce nouveau contexte, c’est le même motif qui se répète. La mode s’enrichit, le dessin de mode survit, indissociables. Souvent, il est nécessaire avant d’envisager une version numérique de dessiner l’objet ; c’est lui qui permet à l’ordinateur de le concevoir, quel qu’il soit. Et même s’il ne le devient plus : l’idée, qui trotte infernale dans la tête du visionnaire, devra toujours y sortir. Et la main, libre et légère, courra sur le papier pour enfin qu’elle y voit le jour.

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Amélie Zimmermann.

face à face : Minh, Marie, Juliette

face à face avec Marie (gauche) 20 ans, Minh (milieu) 18 ans, Juliette (droite) 19 ans

img_2457pour quoi t’habilles tu ?

marie: Tout simplement parce que j’aime me sapper, j’aime les fringues, c’est un plaisir pour moi.

juliette: Ca n’a jamais vraiment été une question pour moi, c’est une convention, il faut s’y plier et si elle n’existait pas… je ne sais pas vraiment ce qu’on ferait…

minh: Parce qu’on a pas le choix.

pour qui t’habilles tu ?

marie: Je m’habille pour moi, vraiment pour moi.

juliette: Pour les gens que je croise dans le métro.

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quelles influences dans ce que tu portes ?

juliette: Je m’influence beaucoup de ce que portent mon frère et mon père : leurs t-shirts, surtout. C’est vrai, j’adore porter des tshirt d’hommes. Mais j’aimerais plus relier mon style au monde de la musique, je le fais peu mais j’y travaille : c’est un peu mon but.

marie: Je dois beaucoup à mes soeurs, surtout l’aînée, qui ont beaucoup de goût et m’ont toujours influencé dans ce que je porte.

minh: Je lisais beaucoup de magazines de mode quand j’étais plus jeune, ça m’a forcément un peu influencé. Mais maintenant, c’est surtout quand je me balade dans la ville : personne en particulier, mais les gens dans la rue, les vitrines.

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le style pour toi :

marie: Je trouve que l’apparence ne fait pas totalement le style. D’ailleurs, elle ne devrait pas être un facteur de catégorisation : je préfère largement quelqu’un avec une aura, un charme, quelque chose qui se dégage de sa personne. Ca lui donnera bien plus de style que quelqu’un qui s’habille très bien de la tête aux pieds mais qui n’a rien a dire.

juliette: Pour moi, c’est surtout la position du corps, la tenue, comment se tient quelqu’un, sa manière de bouger, sa gestuelle. Le style c’est tout un rapport au corps.

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ton style pour toi :

marie: Je reste assez classique mais je marche par pièces : j’ai quelques pièces qui sortent de l’ordinaire (un sac rose, des chaussures spéciales, mon jean à paillettes, etc). Ce sont elles qui « font » mes tenues, en quelque sorte.

minh: J’aime bien mixer les habits, sans avoir quelque chose de défini. J’aime m’habiller sobrement tout en étant chic, je reste dans quelque chose d’assez classique, subtil.

juliette: Mon style peut être androgyne même si j’aime bien mettre des jupes. Je dirais que c’est souvent ample en haut et moulant en bas (rires).

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Amélie Zimmermann