du complexe de l’existence

IMG_2762IMG_2789Il paraît que la mode donne le mal de soi. Du dégoût face au corps qui abrite une âme abîmée, une maladie contagieuse qui se propage vite et dont l’antidote reste à ce jour inconnu. Il paraît que la mode crée les complexes. Ceux pour qui elle est une religion répondent que non, ce n’est que quand on ne la comprend pas qu’on est forcé à ne plus aimer son propre corps. C’est son contresens même. Mais malgré cela, quelque chose dans la mode, quelque chose dans notre environnement quotidien parvient toujours à nous faire désespérer de nous, nous trouver pas comme il faut. Comme si la beauté devait être approuvée par l’inquisition des affiches publicitaires et des réseaux sociaux pour pouvoir exister, pour en avoir le droit. On se fait apprendre et on s’apprend à ne plus s’aimer, tout doucement, on cherche à ressembler à quelque chose qui n’est pas nous, une chose qui nous est étrangère et qui a fait de nos vies son siège.

IMG_2768IMG_2776

IMG_2787IMG_2755

IMG_2759IMG_2765IMG_2772

Les complexes : par un malentendu terrible entre ceux qui la créent et ceux qui la subissent, la mode les engendre sans faire exprès, toujours fatale. On voit en nos corps les erreurs inventées de la nature, les imperfections dérangeantes dont les visages lisses des magazines semblent débarrassés. On oublie qu’on a chacun notre gueule et que c’est de la gueule qu’il faut avoir. On oublie que c’est quand on cache un sourire d’un geste gêné pour ne pas montrer ses dents pas droites, quand on baisse le nez les joues roses d’être un peu trop regardées, quand on a un matin malencontreusement laissé s’échapper quelques mèches emmêlées de la coiffure bien soignée, on oublie que c’est quand par maladresse les défauts de l’anatomie se sont révélés que le charme de chacun opère véritablement.

IMG_2766IMG_2761IMG_2756Mais les complexes sont fabriqués de toutes pièces, un coup monté de notre part qui survient innocemment mais qui plane un peu partout. Ils sont un prétexte. On se blesse de l’extérieur pour faire taire la blessure cachée, interne. Celle qui palpite avec la même intensité, toujours profonde et hémorragique, enfouie et dissimulée à travers les masques. Les complexes, le mal-être du corps qui apparaît comme la prison dont il est impossible de s’évader, l’Azkaban de l’intimité des êtres humains, traduisent le malaise d’une personne qui s’interdit de trouver, en soi, de l’amour, pour soi. Il est de l’expérience de la vie humaine que de traverser des crises identitaires où ce que l’on est nous dégoûte, nous humilie. Vivre son corps de cette façon, voir en lui une cage dont les barreaux blessent l’esprit, est une expérience commune. Quand chacun voit en son voisin la somme de ses aspirations, un nez plus droit ou un sourire plus franc, chacun ne se doute pas que ce même voisin voit les mêmes attraits en quelqu’un d’autre. Le complexe de l’existence est enclenché.

IMG_2774IMG_2786

IMG_2760IMG_2781IMG_2788

IMG_2738J’en veux à la mode de faire enfler ce mal innommable qui ronge tout le corps et accapare l’esprit. Car la mode, toujours en quête d’un idéal qu’elle ne cesse pourtant de déconstruire, offre un modèle qu’il est impossible d’atteindre et tend à faire croire qu’un certain type de beauté peut avoir le monopole. La mode donne l’illusion qu’il est important d’être beau et qu’il faut l’être pour mériter sa confiance en soi. Que sa beauté doit être validée pour être légitime. En étant assailli d’images, d’idéaux, de tendances, on doute de l’importance de la particularité de chacun, de l’originalité de sa beauté qui ne peut se trouver uniquement dans le physique. Le physique est un ennui, sans intellect, sans rires, sans doutes. Et il est des jours où l’on est laid, et la vie continue. La terre tourne. Le monde ne s’écroule pas.

IMG_2791IMG_2790IMG_2780

IMG_2784IMG_2783IMG_2782Il faut savoir que le compagnon d’une vie, c’est soi-même et que c’est à lui qu’il faut donner l’amour et l’attention que l’on se refuse, occupés à en gaspiller ailleurs. La mode est faite pour se construire, se déconstruire, pour affirmer qui l’on est et être l’inverse le lendemain ; elle est faite pour rire de nous, de nos têtes le matin et de nos grands corps mous. La mode est la diversité, la différence, la multitude de physiques dont on ne sait s’ils sont beaux ou laids, la chance de s’exprimer par son corps, en l’acceptant ou le modifiant selon les envies capricieuses qu’un curieux hasard plante en nos têtes. Les complexes existeront toujours. Ils sont là car parfois, le compagnon de route qui est en nous nous fait peur et alors nous n’en voulons plus. Mais faute de choix, nous serons toujours les mêmes, avec quelques altérations de caractère et d’attitudes peut-être. Alors autant faire face à la vérité, et se débarrasser d’un mal-être qui nous éloigne de la perspective la plus jouissive au monde : celle qui nous fait aimer cette vérité. Et profiter d’une réalité qui n’apparaît non plus comme une menace, mais comme un défi où l’on sort toujours gagnant.

IMG_2793IMG_2771

Amélie Zimmermann.

intimacy, ed.4

intimacy c’est une série de vidéos où les images mises en scène veulent dire la beauté des choses simples du bout des doigts : comme un sourire insoupçonné, une main tendue dans de l’eau glacée, comme des étreintes secrètes que personne ne voit, des regards qui ne savent pas mentir, une veste qui traine par terre avec renversés les trésors du fond de ses poches, des mèches de cheveux en bataille parce qu’on a pas eu le temps de les coiffer, un verre d’eau fraiche après une journée au soleil, des habits fripés de les avoir trop portés. intimacy c’est les détails qu’on oublie parfois de regarder, c’est les moments intimes qui font des êtres humains, des hommes.

Amélie Zimmermann.

cool campagne

good

Été 2017. Retour dans ma campagne, je quitte Paris. Les sentiers des bords des routes, les champs et les vignes, l’air un peu frais et les tracteurs un peu partout ; les visages familiers et les montagnes sages à leur place, le relief du paysage, le calme du silence respecté. La campagne.

Processed with VSCO with g3 presetProcessed with VSCO with m3 preset

Je suis partie il y a un an faire mes études à Paris. Excitée par la ville, par le vombrissement des autos en masse sur le périph, la tête qui tourne des horizons nouveaux qui se présentent, excitée par les gens de tout genre autour de moi et les rues toutes inconnues qu’il me reste à découvrir, je pose mes bagages dans un petit studio prête à savourer la grande vie. Celle qui ne s’arrête à peu près jamais et qui fait battre mon coeur un peu plus vite. Paris où l’on croit pouvoir tout trouver, mais où l’on peut se perdre aussi. Insatiable et insatisfaite, j’ai regardé les silhouettes déambuler dans les rues, j’ai vu des différences partout dans les attitudes, les gestes, les corps et les styles, et pourtant j’ai vu la même énergie onduler sur les visages, se propager entre les arrondissements et les artères de la ville. J’ai aimé les lignes tortueuses et labyrinthiques d’un métro crade et obscur, j’ai aimé les repas terribles du restaurant universitaire, j’ai aimé les soirées où j’ai laissé trop d’argent, les expositions où j’ai contemplé sans toujours comprendre mais parfois juste admiré. Paris m’a laissé dans un état d’alerte extatique et permanent où j’ai ouvert mes yeux pour voir un monde un peu plus grand. Pour y perdre les dernières pensées trop petites qui continuaient à hanter sauvagement les allées de mon esprit, s’ouvrant lentement sur une pente douce et dangereuse. Les grands boulevards, les immeubles haussmanniens, les traces du temps et de la pollution sur les façades m’ont fait respirer un air bizarrement frais, bizarrement résurrectionnel. J’ai inhalé l’air des possibles et des choix, celui qui entre comme une bourrasque violente dans les poumons, fait le vide, et parfois toxique comme un poison indélébile y laisse sa trace éternelle. Dans la ville, je pouvais être anonyme, n’importe qui, n’importe quoi, ce que je voulais et ce que je voulais faire croire. Relâcher les cordes qui me tenaient captive à la campagne dont j’avais imaginé qu’elle était ma prison.

Processed with VSCO with m3 presetProcessed with VSCO with g3 presetProcessed with VSCO with g3 preset

Été 2017. Quand je reviens, un bonheur simple et pur. Le plaisir des choses qui ont fait ma vie d’avant, de les retrouver et de pouvoir enfin les savourer. Trouver leur valeur, comprendre leur sens, et éveiller les miens qui étaient en fait juste endormis ici. Dormant sur les vallées, les montagnes, peut-être un peu apathiques et insensibles, comme engourdis ou ankylosés, assommés par une morphine délicieuse qui m’empêchait de pouvoir vivre vraiment et apprécier. Quand je reviens, les sens extirpés d’un sommeil comateux, je comprends et je me demande. Pourquoi ici la jeunesse débordante ne peut-elle pas déborder ? Coincée par le manque d’infrastructures, le manque d’initiatives nouvelles, d’idées et d’évènements, elle voit se ternir les rêves de grandeur qui la font vibrer ici comme partout, ici comme ailleurs. Pourtant la campagne est si belle, saisissante par sa nature sauvage, ses espaces libres et pittoresques, son air naïf d’être toujours là, stable et apaisée, ses caprices qui nous piègent parfois. C’est injuste. Injuste de ne pas avoir à 16 ans accès aux mêmes outils pour tenter de réaliser les idées folles qui ne nous traversent qu’à 16 ans. Quand j’ai voulu lire les magazines de mode, quand j’ai voulu voir les films en version originale, toutes ces fois où j’ai eu l’envie soudaine et curieuse d’aller goûter aux premiers délices de l’adolescence. Ces innombrables heures passées sur Internet à regarder les expo et concerts qui ne passaient qu’à Paris, ces heures perdues à penser que là-bas c’était différent, au lieu de moi-même créer de la différence ici. D’en créer beaucoup et significativement. Les petites villes ont eu raison de ces désirs inassouvis, de mes certitudes balayées par quelques regards et rumeurs qui s’évanouissent aussitôt après être nées de la dernière pluie. Née de la dernière pluie, aujourd’hui j’en reviens et j’ai compris.

Processed with VSCO with b5 preset

La campagne est belle mais sa justice n’est pas établie. Ce misérable petit mot mignon province ; cet espace désenchanté dont on ne connaît que les vagues reliefs. Il associe le reste du pays au vide intergalactique où les jeunes comme moi semblent voués à admirer ce qui passe sous leur nez. Paris n’est pas la France. Les campagnes, les autres villes, les autres endroits dont la France devrait être fière sont oubliés sans être crédités de leur identité propre, et ne doivent pas vivre dans l’ombre de la capitale qui rayonne tant sur nous qu’elle nous aveugle un peu trop souvent. Car la campagne et ses beautés mystérieuses, dont les secrets sont chuchotés au creux des oreilles attentives, sait nous murmurer face au vacarme de Paris des vérités qui ne se trouve qu’en elle.

Processed with VSCO with m3 presetProcessed with VSCO with g3 preset

Amélie Zimmermann.

ils ou elles, du pareil au même

campagne SS13 de la ligne homme Saint Laurent présentée par un mannequin femme (saskia de brauw)

Taille marquée et mains gantées, lèvre sensuelle peinte rouge sang, gorge déployée pivoine comme le rose de ses joues… La mode a toujours été l’arme de la féminité, la poussant à son paroxysme, culminant sur elle toute puissante et écrasante. L’homme s’est alors vu associé par défaut à une virilité caricaturale et prétentieuse qui lui a été imposée sans qu’il ne puisse rien y faire. Le schéma est simple, simpliste, manichéen et forcément réducteur. Mais derrière ces jeux de rôles et de genres, la mode propose aujourd’hui une vision plus fine et plus intéressante des deux sexes, de leurs déclinaisons. Elle ne cherche plus à les représenter en suivant cette conception machinale et systématisée : elle brouille la frontière, touche là où ça chatouille, bouleverse les codes, joue à cache-cache. Une femme, un homme : leur vestiaire est-il censé représenter leur genre ? Et comment définir ce genre, précisément ? N’est-il pas délicat de lui conférer une essence, alors qu’il n’est que l’inclination personnelle et individuelle d’un être humain, autrement défini par différentes qualités ? L’appartenance à un certain genre (ou même à aucun) n’est que l’un des attributs de l’identité qui permet la construction de soi, et la mode s’en sert pour prouver qu’il est désormais inutile de définir une personne par son sexe. Et qu’il est bien plus excitant de réinventer toujours les indices qui mènent à sa découverte.

valentina_sampaio_en_couverture_de_vogue_paris_6723.jpeg_north_660x_white
vogue.fr

Valentina Sampaio, brune et grande, brésilienne aux lèvres charnues et brillantes, regard enchanteur et yeux charbonneux : c’est elle qui a fait la couverture du Vogue Paris de mars dernier. Elle regarde l’objectif,  beauté incandescente. Valentina incarne dans ce numéro une féminité électrique et sensuelle, un charme simple et désarmant, elle fait vibrer le papier glacé et subjugue à chaque page tournée. Elle est née homme, devenue femme. La mode permet aux corps de se libérer des complexes, de se délier des exigences subies. Elle sublime le corps, l’incarne et parfois le déshabille, elle le transcende toujours, elle l’utilise comme matière première, instrument mystérieux qu’il faut déchiffrer et à qui la mode offre toujours de nouvelles partitions. Le corps et la mode se répondent, l’un avec l’autre, l’un en l’autre. La mode touche au plus intime : à ce rapport si complexe et conflictuel de l’être et de son corps. Elle lui permet de choisir un peu plus la grande coquille vide qui lui a été donnée à la naissance, par coup de chance. Et justement, Vogue Paris, en affichant en cover girl une femme transsexuelle, délivre la mode de tous les stéréotypes qui ont pu la constituer et dont elle reste la proie. Les dictats liés aux genres et à leurs représentations ont souvent été engrangés par la machine infernale des tendances, de la mode : le corsage étouffant pour être féminine, le trois pièces austère pour être un homme, un vrai. Mais la mode dans la suite de ses idées et par l’évolution des sociétés où elle prend place s’est déconstruite et a fait s’effondrer le château de cartes d’une mode prédéfinie « féminine » ou « masculine ». Si elle tient toujours compte des différences (au moins physiologiques) entre les genres, c’est plus une confrontation au corps lui-même et à ses possibles qui est désormais engagée. La mode est un jeu, le jeu de l’identité, celui des genres, du sexe, des idées que l’on a de nous-même et de ce qu’on croit être : et la mode, en tant qu’expérience sensorielle plus encore qu’intellectuelle, nous invite à y jouer avec la démesure et l’audace qu’elle seule sait se permettre.

gucci-menswear-finale-fall-2015
gucci homme automne 2015

Etre une femme ou un homme est toujours autant important dans cette industrie. Mais aujourd’hui, il y a la liberté de choisir, ou au contraire, de laisser planer le doute et de semer la confusion, et surtout la liberté de choisir comment être cette femme ou cet homme. La féminité et la virilité sont des termes qui ne cessent d’évoluer, tantôt évocateurs tantôt vagues et confus : aujourd’hui ils semblent marcher côte à côte, se tenant par la main plutôt que se faisant de l’ombre. Comme les mannequins de Vivienne Westwood, en janvier dernier. C’était la fashion week des hommes, et il y avait des mannequins femmes avec eux. De nombreuses maisons ont commencé à donner des défilés mixtes, en suivant à la fois une logique esthétique (les modèles sont imaginés en même temps et forment un tout ; certains sont mêmes unisexes) et commerciale (produire moins de défilés annuels, et optimiser les délais de vente à travers le monde). D’autres shows préfèrent assumer une sorte d’indifférence aux genres, ou une volonté de les réinventer en les fusionnant. C’est le cas d’ Alessandro Michele, à la tête de Gucci depuis 2014. Il reprend les rennes à un moment délicat pour la maison italienne alors fragile, mais il a su en quelques collections à peine redorer son image et s’approprier son précieux savoir-faire. Ses silhouettes sont intrigantes, mi-femme mi-homme, elles questionnent et repoussent les limites d’un corps en lui faisant épouser les complémentarités de son opposé. Des mannequins androgynes traversent les allées, portés par leur force d’être qui ils veulent, et la possibilité d’être les deux à la fois.

freja beha, mannequin androgyne
freja beha, mannequin androgyne

Même si le vestiaire masculin reste plus codifié, malgré la tentative échouée de Jean-Paul Gaultier à lui imposer la jupe, une mode androgyne, unisexe, parcourt les podiums,  s’approprie les affiches publicitaires, court les rues. Chacun peut porter les mêmes choses, même si chaque corps rend unique ce qui immédiatement colle à sa peau. La mode concerne les êtres humains quels qu’ils soient : elle les civilise. Ce sont eux qui portent des chapeaux, pas les animaux. Qu’ils ressemblent à des hommes, des femmes, des bêtes poilues ou rasées de près, à des aliens inconnus ou aux monsieur et madame tout-le-monde : les êtres humains s’habillent tous les jours avant de sortir de chez eux. Et la mode, en fin de compte, ne cherche pas à enfermer nos corps, à les barricader et à les cloisonner dans des cases qui ne leur correspondent pas. Elle nous invite simplement à toujours, et le mieux possible, faire peau neuve. Et la peau, une fois la lumière éteinte, est la même sur tous les corps.

Amélie Zimmermann.

 

bienvenue dans la haute

Processed with VSCO with g3 presetBienvenue dans la haute société. Celle où les dames sont grandes et portent la haute-couture même en nuisette. Celles qui ont assisté aux défilés la semaine dernière à Paris, l’ourlet délicat des lèvres dissimulé derrière un éventail, l’élégance d’un port de tête dégagé. Distantes, fragiles poupées de porcelaine, elles toisent les silhouettes tweedées de Chanel, les chapeaux mystérieux de Dior, elles toisent les coupes Valentino et les couleurs Gaultier. Ces dames que personne ne connaît existent-elles vraiment ? Elles ne sont ni clientes, ni consommatrices, elles sont hors du monde comme les fantômes qui le parcourent en l’effleurant, du bout d’un pied délicat. Sortent-elles un jour de leur dijon, leurs robes voient-elles la couleur du soleil, se plissent-elles sous les grains de sable ou de goudron, sont-elles parfois déchirées d’avoir trop dansé portées par l’ivresse d’une nuit d’été ? Celles qui laissent aux maisons de couture le moulage de leurs bustes, les données exactes et millimétrées de leurs corps, puis qui portent ce qui n’a été cousu que pour elles, exclusivement. Vivent-elles dans un conte austère où la magie est noire et l’exaltation impossible ? D’avoir déjà tout vu, tout porté, d’être allées partout. Sont-elles réelles, ou ne sont-elles que les mirages d’un monde divin ?
Processed with VSCO with g3 presetProcessed with VSCO with g3 presetProcessed with VSCO with g3 presetProcessed with VSCO with g3 presetProcessed with VSCO with g3 presetProcessed with VSCO with g3 presetElles sont réelles. Mais si lointaines qu’elles deviennent le miroir des illusions des gens d’en-bas, le fantasme impossible qu’ils taisent et s’interdisent.

Processed with VSCO with b5 presetProcessed with VSCO with b5 presetProcessed with VSCO with b5 preset

Amélie Zimmermann.

 

 

 

intimacy, ed.3

intimacy c’est une série de vidéos où les images mises en scène veulent dire la beauté des choses simples du bout des doigts : comme un sourire insoupçonné, une main tendue dans de l’eau glacée, comme des étreintes secrètes que personne ne voit, des regards qui ne savent pas mentir, une veste qui traine par terre avec renversés les trésors du fond de ses poches, des mèches de cheveux en bataille parce qu’on a pas eu le temps de les coiffer, un verre d’eau fraiche après une journée au soleil, des habits fripés de les avoir trop portés. intimacy c’est les détails qu’on oublie parfois de regarder, c’est les moments intimes qui font des êtres humains, des hommes.

Amélie Zimmermann.

Simone

simoneveil2

Aujourd’hui, Simone Veil s’est éteinte à tout jamais. Quelque soit la manière dont je débute ici cet article, elle me semble mauvaise ou maladroite. Quelque soit l’ordre dont mes mots s’alignent, ils ne résonnent pas comme j’aimerais pouvoir entendre leur écho. Je ne peux pas leur faire justice. Simplement car ce qui doit être écrit est une réalité qui blesse, certes tous les jours, mais aujourd’hui plus encore.

Simone Veil, elle, a toujours su trouver les mots et hausser la voix pour les faire entendre. Ses paroles précieuses ont pourtant souvent été inaudibles : des parasites ont tenté d’étouffer sa voix puissante, d’étouffer les vérités qu’elle portait. Le récit de la Shoah dont elle a survécu ; le récit des femmes inconsidérées prêtes à mourir dans l’espoir de se sauver d’une grossesse non désirée ; le récit d’une France douloureuse qui n’a pas toujours eu la force de faire face aux maux dont elle a souffert. Simone Veil, par ses combats et luttes incessantes, a été la porte-parole des êtres muets, dont on a coupé la langue : elle leur a rendu leur dignité, leurs droits, et surtout leur pouvoir de s’exprimer.

Simone Veil est l’une de ces femmes de France qui s’en sont allées à contre-courant, face aux injustices, aux menaces et attaques sans cesse subies, sans pourtant s’en plaindre, sans s’y arrêter. Elle est l’une de ces Mariannes, l’une de ces femmes qui, écrasées dans un monde où la poigne virile est toujours de vigueur, s’est trouvée une place, marquant ainsi un nouveau chemin, ouvrant ainsi une porte. Or, cette porte me paraît aujourd’hui plus entrebâillée que véritablement ouverte ; et ce chemin que Simone Veil et les autres pionnières ont foulé les premières semble toujours plus tortueux et labyrinthique. Simone Veil était la huitième femme à avoir intégré l’Académie Française. Huit femmes depuis sa création, en 1635, et la première à porter son costume, Marguerite Yourcenar, se distingue en 1980 à peine. Simone Veil était une exception, et il est terrible de voir qu’aujourd’hui, finalement, elle reste pour les femmes une exception.

Ce ne sont pas les femmes, le problème. Les femmes exceptionnelles ne le sont pas tant que cela : et en France, nous les avons, nos modèles. Simone de Beauvoir, dont nous n’étudions à l’école que sa fonction d’ « épouse de » Jean-Paul Sartre (dont, au contraire, nous analysons longuement la philosophie), Edmonde Charles-Roux, résistante et journaliste, licenciée du magasine Vogue où elle était rédactrice en chef en 66 après avoir voulu offrir la couverture à une mannequin noire, Françoise Giroud, résistante elle aussi, femme de lettres et femme politique, Hubertine Auclert, la première suffragette française à réclamer les droits qui sont aujourd’hui les nôtres… Les femmes, en dépit des barrières qui ont servi à couper leurs chemins vers le savoir, se sont éduquées, ont écrit, ont expérimenté, elles ont usé de pseudonymes masculins pour être publiées, elles sont une part entière de la culture dont nous sommes aujourd’hui les héritiers. Pourtant, on continue à les enfermer dans un schéma simpliste de soumission et de passivité dont on dit qu’il a été leur seule histoire. C’est faux. Les femmes, ouvertement ou officieusement, se sont battues, et ont contribué à faire de la France le pays qui peut de nos jours revendiquer ses valeurs propres. Mais l’école oublie peut-être un peu cela, la littérature aussi, la politique aussi. Et lorsque l’oreille est enfin tendue pour saisir ce que les femmes veulent toutes dire, on ne les laisse parler que pour, encore une fois, s’exprimer sur le sexisme qu’elles continuent de subir. Certes, elles en font encore l’expérience, certes le plafond de verre subsiste toujours et il est primordial de le rappeler. Mais n’accorder aux femmes la parole que pour s’exprimer à ce sujet, c’est encore une fois taire la richesse de leurs propos, oublier leurs différences, oublier qu’elles aussi ont, simplement, des choses à dire. L’un des sujets d’histoire au concours d’entrée du Collège Universitaire de Sciences Po Paris l’an dernier était « La place des femmes dans la société française au XXe siècle ». C’est peut-être à force de trop vouloir leur assigner une seule et même place qu’elles ne parviennent pas à bouger dans la société, et que les moeurs se trouvent ainsi gelés, immobiles. C’est aussi peut-être à force de trop vouloir répéter les souffrances et injustices dont elles sont les cibles qu’on les associe au statut assujettissant de victime. Il est usant de ne se remémorer de l’histoire des femmes françaises que les souffrances et les violences, alors que précisément son histoire regorge de surprises, de talents et de passions. Les femmes ont toujours été actives dans cette société. Les réduire même à cette entité, les résumer à leur sexe, ne permet pas de les considérer pleinement en tant qu’individus à part entière. Les grandes femmes, comme les grands hommes, ne se distinguent pas par leur genre mais plutôt par leurs actes, leur pensée et leur bravoure.

Pourtant, nous sommes toujours obligés de noter les différences entre les deux sexes, puisque cette différence est malheureusement encore signifiante. Aujourd’hui, Simone Veil est morte. Peut-on lui espérer le Panthéon ? « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ». Tous les jours j’ai lu cette inscription sur ce monument colossal, en passant devant, sur le chemin de mes études, allant m’instruire et m’éduquer en tant que jeune femme française. 75 dépouilles trouvent le repos dans ce havre de paix, de savoir, de fierté nationale. Quatre d’entre elles sont des femmes. Les deux dernières, Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz, y ont été transférées par François Hollande en 2015. Marie Curie est la première à y avoir pénétré, aux côtés de son mari. Certes, ce ne sont que des symboles, peut-être même un peu vieux jeu, poussiéreux ou démodés. Mais ce sont de tels emblèmes qui forgent une société et son peuple. Et Simone Veil, par-delà sa mort, restera pour la France le symbole d’une justice plus juste, et d’une course pour l’égalité qui, en l’honneur de sa mémoire et l’héritage qu’elle nous laisse, se doit d’être maintenue.

Amélie Zimmermann.