hermès : hors les murs

img_3258
hermès « hors les murs »

J’ai eu l’occasion d’aller jeudi dernier à la soirée Hermès « Hors les Murs », au Carreau du Temple dans le 3ème. Pendant moins de deux semaines, la maison a ouvert les portes sacrées de tous les secrets de son savoir-faire à un public charmé et ravi de pouvoir vagabonder entre les stand des petites-main s’attelant à leur travail d’exception et de minutie. Toutes les facettes de ce géant du luxe français étaient représentées : la maroquinerie, évidemment (bracelets de montre, selles, gants…), la joaillerie, la confection des célèbres carrés de soie, la verrerie. En voyant ces artisans travailler, imperturbables dans leur concentration, eux dont le métier est de faire naître sous nos yeux ébahis un objet de luxe, de rêve et qui deviendra plus tard une pièce de collection, je me questionne. Où se situe la frontière entre l’art et l’artisanat ? Ces petites mains ne font-elles pas tout autant partie du processus créatif que le créateur lui même ?

Pour déterminer de cela, il faut sans doute s’engager dans un long et complexe cheminement philosophique. Il faut sans doute analyser la notion d’art en elle même, déjà si problématique et controversée. Et si l’on accouple à cette notion d’art celle de la mode, c’en est déjà trop. Deux mondes trop extrêmes, trop forts, explosifs et dérangeants : non, c’est est trop. Si l’on a tant de mal à appréhender la mode comme étant un art en soi, ou tout au moins comme étant une facette de cet immense paradigme, c’est probablement parce qu’il ne s’agit que de vêtements. Mais depuis que l’art a fait de la rue son nouveau musée, et que les vêtements ont assiégé ceux-ci, on est bien embêté. Le problème, c’est qu’il n’y a plus de frontières (attention à ne pas sortir cette phrase de son contexte, elle sonne très actuelle chez certains discours politiques malheureusement très convoités). Le problème, plutôt, c’est qu’il n’existe pas de cadre (plus approprié) venant nous indiquer ce qui est art et ce qui ne l’est pas. Il n’y a pas de notice nous indiquant comment on fait de l’art. Koons fait fabriquer ses oeuvres dans des usines : on appelle les mains derrière ses « masterpieces » des ouvriers ou des artisans. Koons, lui, est l’artiste. Pourtant, il n’a rien touché, rien produit, il n’a fait que soumettre une idée à une équipe. En fait, il n’a fait que déléguer, manager, coacher. L’artiste :  businessman, imposteur ou génie ? Les trois à la fois ?

J’exagère, bien sûr. J’utilise un cas à part pour souligner l’ambiguité de cette fonction d’artiste. D’après le philosophe Alain, il existe bel et bien une différence entre artiste et artisan, et elle très nette. Selon lui, l’artisan applique des règles prédéterminées pour confectionner un objet dont on dira peut-être que c’est un objet d’art. Toujours est-il que l’artisan, lui, suit un mode d’emploi, un « savoir faire » qu’il se doit de perfectionner et de peaufiner, mais qui ne relève pas du domaine de l’invention ou de la création. L’artiste au contraire, crée et invente : l’idée lui vient au fur et à mesure de ce cheminement, elle est totalement imprévisible et inattendue. Aucune règle ne la régit, aucun savoir faire ne permet de la faire émerger. L’artiste possède donc ce don inné et sorti de nulle part. Lui aussi le cultive, mais son origine reste mystérieuse et, en ce sens, quelque peu magique.


C’est la combination de ces qualités complémentaires qui permet la production d’art. Une robe haute couture est un objet d’art sur lequel des dizaines de métiers différents ont travaillé, totalisant des milliers d’heures de labeur, mobilisant une équipe entière. Karl Lagerfeld, pour le défilé haute couture automne/hiver 2016 qui a eu lieu en juin dernier, a rendu hommage à ces talents cachés, ordinairement affairés dans les ateliers rue Cambon. Le défilé était la reconstitution de l’un d’entre eux. Les mannequins évoluaient aux côtés des petites mains, dont les moindre gestes ont envoûté le public pour qui ce langage des cygnes est inconnu. Artistes, artisans… La dénomination importe peu. C’est par l’union de ces passionnés que naissent des pièces qu’il ne s’agit que de savourer.

Amélie Zimmermann.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s