caméléon

“Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté.” René Char, Fureur et Mystère

Un nu de Modigliani, le port de bras d’une ballerine, un regard saisissant de vérité : ces images sont emprises de beauté, beauté singulière dont l’origine nous est inconnue. La beauté des femmes est un topo, un lieu commun vers lequel les artistes ne cessent de revenir, comme s’il était impossible de s’en détacher. Nous l’avons tous expérimentée : que ce soit chez une fille inconnue de passage dans la rue, dans les mains de notre mère, les éclats de rire d’une amie. Ce n’est pas une histoire de perfection, de finesse de traits ou de couleur d’yeux. C’est un quelque chose d’inhabituel qui nous touche et qu’on ne peut pas oublier. Depuis toujours on a habillé cette beauté, on a voulu la redéfinir, repousser ses limites, la déformer ; on lui a cherché des proportions, on l’a déstructurée pour la remettre à neuf.

L’un des outils les plus captivants dont fait usage la mode dans cette quête incessante de beauté est le maquillage. Je ne parle pas du réflexe terrible qu’ont pris presque toutes les femmes de se maquiller pour, plutôt que de se révéler, camoufler des prétendus défauts, complexes inexistants qu’un mouvement de société les a poussé à inventer. Dans cette perspective, le maquillage n’a plus de valeur pour la beauté : au contraire il l’efface en faisant naître chez des femmes un mal-être ressenti envers leur propre visage.

Je ne parle pas du maquillage utilisé à cet effet là. Non, j’entends par « maquillage » ce pouvoir de travestissement qu’il nous offre, les milliers de combinaisons possibles pour un seul et même visage, les masques qu’il nous fait mettre et ceux que l’on enlève avec lui. Il est un moyen d’expression. Comme les vêtements, c’est une façon de s’inventer un personnage, une attitude ou une moue : il n’est plus qu’à nous d’interpréter notre propre rôle, de s’imaginer ce que l’on est jour après jour. Il est l’intimité même d’une personne, et par un paradoxe inouï, il fait émaner de l’artifice une forme de vérité. Les défilés Dior par Galliano, génie créateur dont les propos antisémites ont à très juste titre rompus sa carrière et son influence dans la mode,  sont d’une beauté à couper le souffle. Le rôle du maquillage y est central. Les mannequins voient leur visage se transformer, et une fois sur le podium elles incarnent ces autres femmes, ces femmes Dior qui ne sont pas elles mais à qui elles prêtent leur peau.

C’est pour moi une obsession que de jouer avec les apparences et d’en user pour se redéfinir. Le maquillage permet cette renaissance permanente, cette fructueuse invention de soi. Il est d’une liberté sans limite, et il est totalement juste d’appeler les personnes réalisant de telles oeuvres sur les visages des modèles des « make up artists ». Le maquillage est une part intégrante du monde de la beauté, et depuis le trait de khôl de Cléopâtre, il n’a cessé d’évoluer dans ses produits tant bien que dans ses usages. Le dernier notable en date : le maquillage pour hommes, phénomène émergeant des réseaux sociaux. Tout est possible, grâce au maquillage. Le visage, devenu toile blanche, n’a plus genre ni identité. Il n’est plus qu’un prétexte à la créativité.

15284823_697492570406226_1395784861639368983_n
naître
15181419_697491510406332_4803200664898577696_n
devenir
15267919_697490927073057_2268332874773498433_n
être

Amélie Zimmermann

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s