du complexe de l’existence

IMG_2762IMG_2789Il paraît que la mode donne le mal de soi. Du dégoût face au corps qui abrite une âme abîmée, une maladie contagieuse qui se propage vite et dont l’antidote reste à ce jour inconnu. Il paraît que la mode crée les complexes. Ceux pour qui elle est une religion répondent que non, ce n’est que quand on ne la comprend pas qu’on est forcé à ne plus aimer son propre corps. C’est son contresens même. Mais malgré cela, quelque chose dans la mode, quelque chose dans notre environnement quotidien parvient toujours à nous faire désespérer de nous, nous trouver pas comme il faut. Comme si la beauté devait être approuvée par l’inquisition des affiches publicitaires et des réseaux sociaux pour pouvoir exister, pour en avoir le droit. On se fait apprendre et on s’apprend à ne plus s’aimer, tout doucement, on cherche à ressembler à quelque chose qui n’est pas nous, une chose qui nous est étrangère et qui a fait de nos vies son siège.

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Les complexes : par un malentendu terrible entre ceux qui la créent et ceux qui la subissent, la mode les engendre sans faire exprès, toujours fatale. On voit en nos corps les erreurs inventées de la nature, les imperfections dérangeantes dont les visages lisses des magazines semblent débarrassés. On oublie qu’on a chacun notre gueule et que c’est de la gueule qu’il faut avoir. On oublie que c’est quand on cache un sourire d’un geste gêné pour ne pas montrer ses dents pas droites, quand on baisse le nez les joues roses d’être un peu trop regardées, quand on a un matin malencontreusement laissé s’échapper quelques mèches emmêlées de la coiffure bien soignée, on oublie que c’est quand par maladresse les défauts de l’anatomie se sont révélés que le charme de chacun opère véritablement.

IMG_2766IMG_2761IMG_2756Mais les complexes sont fabriqués de toutes pièces, un coup monté de notre part qui survient innocemment mais qui plane un peu partout. Ils sont un prétexte. On se blesse de l’extérieur pour faire taire la blessure cachée, interne. Celle qui palpite avec la même intensité, toujours profonde et hémorragique, enfouie et dissimulée à travers les masques. Les complexes, le mal-être du corps qui apparaît comme la prison dont il est impossible de s’évader, l’Azkaban de l’intimité des êtres humains, traduisent le malaise d’une personne qui s’interdit de trouver, en soi, de l’amour, pour soi. Il est de l’expérience de la vie humaine que de traverser des crises identitaires où ce que l’on est nous dégoûte, nous humilie. Vivre son corps de cette façon, voir en lui une cage dont les barreaux blessent l’esprit, est une expérience commune. Quand chacun voit en son voisin la somme de ses aspirations, un nez plus droit ou un sourire plus franc, chacun ne se doute pas que ce même voisin voit les mêmes attraits en quelqu’un d’autre. Le complexe de l’existence est enclenché.

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IMG_2738J’en veux à la mode de faire enfler ce mal innommable qui ronge tout le corps et accapare l’esprit. Car la mode, toujours en quête d’un idéal qu’elle ne cesse pourtant de déconstruire, offre un modèle qu’il est impossible d’atteindre et tend à faire croire qu’un certain type de beauté peut avoir le monopole. La mode donne l’illusion qu’il est important d’être beau et qu’il faut l’être pour mériter sa confiance en soi. Que sa beauté doit être validée pour être légitime. En étant assailli d’images, d’idéaux, de tendances, on doute de l’importance de la particularité de chacun, de l’originalité de sa beauté qui ne peut se trouver uniquement dans le physique. Le physique est un ennui, sans intellect, sans rires, sans doutes. Et il est des jours où l’on est laid, et la vie continue. La terre tourne. Le monde ne s’écroule pas.

IMG_2791IMG_2790IMG_2780

IMG_2784IMG_2783IMG_2782Il faut savoir que le compagnon d’une vie, c’est soi-même et que c’est à lui qu’il faut donner l’amour et l’attention que l’on se refuse, occupés à en gaspiller ailleurs. La mode est faite pour se construire, se déconstruire, pour affirmer qui l’on est et être l’inverse le lendemain ; elle est faite pour rire de nous, de nos têtes le matin et de nos grands corps mous. La mode est la diversité, la différence, la multitude de physiques dont on ne sait s’ils sont beaux ou laids, la chance de s’exprimer par son corps, en l’acceptant ou le modifiant selon les envies capricieuses qu’un curieux hasard plante en nos têtes. Les complexes existeront toujours. Ils sont là car parfois, le compagnon de route qui est en nous nous fait peur et alors nous n’en voulons plus. Mais faute de choix, nous serons toujours les mêmes, avec quelques altérations de caractère et d’attitudes peut-être. Alors autant faire face à la vérité, et se débarrasser d’un mal-être qui nous éloigne de la perspective la plus jouissive au monde : celle qui nous fait aimer cette vérité. Et profiter d’une réalité qui n’apparaît non plus comme une menace, mais comme un défi où l’on sort toujours gagnant.

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Amélie Zimmermann.

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