moments mode

17 mai 2017. Dix-sept mai deux-mille dix-sept, il fait beau, il fait le temps de la fin d’année, d’un été nouveau qui débute, un semestre qui touche à sa fin. Les jours ont passé dans une torpeur enivrante ou une monotonie sinistre, selon les semaines et les saisons, selon les couleurs qu’elles ont revêtues une à une. Tout défile et file à toute allure dans la ville où même la nuit il faut vivre. Et puis ça y est, c’est la fin de l’année ou presque. Et qu’est-ce qu’on en retient ? Qu’en oublie-t-on ? On aimerait se souvenir de tout, mais pas le temps pour ça. On voudrait peut-être fuir les sentences du temps qui nous échappe toujours, glisse entre nos doigts. Pourtant, dans toutes ces journées parfois si semblables, toujours la mode s’est immiscée quelque part. Même si on ne l’a pas vue assis au premier rang d’un défilé croisière au mois de mai, même si on a pas pu la porter comme on aurait voulu parce qu’elle est coûte trop cher. Quelque part de non cartographié, presque indicible dans l’alchimie de l’air et du temps, il y a des minuscules moments où la mode épouse la langueur des journées grises. Ce sont par ces instants fragiles et timides que l’inspiration sans cesse apparaît, et que la beauté peut tous les jours renaître.

 

à chaque minute qui passe, son détail insignifiant. 6:35 un turban en serviette, 7:3O transe du métro qui débute. ses rencontres inédites, silhouettes inconnues qui se meuvent et se tordent comme des lianes bousculées par le rythme du métro sale. une fille rentre de soirée, yeux pochés, dans la nuque du rouge à lèvres effacé. deux filles s’embrassent, un autre couple s’embrasse, les amants qui se quittent à quai quand commence le jour. les gens déambulent hasardeux et perdus, démarches singulières et ports de tête atypiques, regards embués on lit leurs faiblesses dans leurs mimiques. savent-ils qu’ils ressemblent à ces visages sans noms, ces corps sans identités partout placardés ? ils sont les muses inconnues des chefs d’oeuvres pas encore terminés. les mannequins boiteux du défilé de leurs mondes – qui s’entrecroisent quelques secondes. 15:32 la professeuse debout sur son promontoire est une statue vestale debout sur son socle noir. 15:55 une femme s’endort, se laisse bercer par le son insupportable des rails par la mélodie de ses souvenirs amnésiques, une femme s’endort au milieu du tintamarre prodigieux de la vie commune. 19:02 les sourcils foncés d’un homme, costume gris, dont la fumée de cigarette camoufle le visage. l’harmonie du chaos de la rue est celle du génie créatif – dans un élan de folie fait se voir la beauté d’une allure, l’éphémère de la beauté d’une stature. l’harmonie de toutes les couleurs, les motifs, les parures, les sequins en masse et les essaims de sacs. dans la différence une unité marque. toujours la même foule, partout dans la ville, toujours les mêmes fringues. les chemises blanches sont partout, partout les mêmes cols blancs, les deux mêmes manches. pourtant partout, pourtant portées sans pareil sur chacun, chacun laissant avec sa chemise blanche s’échapper un bout de soi, quelque chose de lui, une once d’une porte ouverte à sa vie. 21: 46 une fille s’accroche à son verre de rouge, les joues roses. comme si l’ivresse l’ennuyait déjà. déjà démodée, obsolète, nul, zéro, ringard, plouc, beauf – la mélancolie dans ses yeux : comment rester dans son temps, même si on préfère se cacher dans l’oubli, dans l’ivresse, les vestiges d’un passé d’enfant ?

 

10: 01 pause. elle s’attache les cheveux, tire sur sa cigarette. elle ressemble à une actrice dont on ne retiendra jamais le nom. 11:45 une amie échappée dans ses pensées, yeux brillants et soupir exaspéré. on ne peut pas mentir par le regard. la beauté est dans le vrai et le réel de cette scène l’est plus que n’importe quelle publicité vantarde et vendeuse de mensonges jolis et arrangeants. dans la vraie vie, la mode est plus importante, significative des vérités que, trop pudiques, on veut cacher.
IMG_908322:22 : des amies affalées s’échangent des confidences drôles et sans importance. la grâce d’être sans-gêne, d’être à l’aise, d’être des filles de pacotille ou de braise. voir en l’autre le reflet de soi.
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00:30 : les bras de Morphée s’ouvrent aux corps nus, démaquillés, déshabillés, lavés, dans les draps tout froissés. bras de Morphée délivre leurs secrets, repeint leurs visages des couleurs que les gens de la vie leur ont donné, royaume des rêves rien ne démarque ce jour d’un autre pourtant leur abandon dans le sommeil immortalise leur beauté étrangère à la mode, leur candeur d’enfant dans l’innocence de la nuit laisse voir la beauté partout éparpillée. la mode peinte sur les joues, les épaules rondes, les hanches étroites, les commissures au coin des lèvres moites. dormez, demain tout sera possible.

 

Amélie Zimmermann.

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