vogue fashion festival 2016

img_2339Samedi 5 novembre, 8h20, avenue de Friedland, quelques gouttes de pluie devant l’Hôtel Potocki : Paris semble avoir fardé sa grisaille habituelle des couleurs les plus intenses. Peu de doutes possibles devant la file d’attente qui donne le tournis tant pas sa longueur que par son hécatombe de couleurs ; ici, les gens sont lookés et par la même occasion, reluqués. Devant les portes dorées du Paradis, on trépigne d’impatience et tient à peine sur place : bienvenue au Vogue Fashion Festival.

Dernier évènement en date de la planète mode, le Vogue Fashion Festival projette de devenir le nouveau rendez-vous annuel de tous les grands de l’industrie. Une occasion en or pour me frayer un chemin à travers la horde de fanatiques suspendus à leur smartphone, saturant leur instagram du hashtag le plus hype du jour et tremblant d’émoi à la vue de leurs idoles.

(bien sûr que oui, j’en faisais partie)

 

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olivier rousteing, isabel marant, loïc prigent

La journée débute avec l’intervention tant attendue d’Isabel Marant et d’Olivier Rousteing. Grand maître du selfie, créateur le plus suivi des réseaux, un murmure se fait entendre lorsqu’il entre dans la salle tout vêtu de noir. La conférence est animée par le seul et unique Loïc Prigent (dont j’attendais l’arrivée avec plus d’impatience encore). Le rapprochement de ces trois personnalités très différentes est intéressant : chacun d’entre eux incarne une facette nouvelle de la mode.

La discussion débute là où naît toute forme de création artistique : à sa source d’inspiration. Face au talent des deux designers qui réussissent, saison après saison, à réinventer les codes du vestiaire féminin, c’est une question légitime et même incontournable que pose Loïc Prigent. Leur univers opposés (la femme Balmain et la femme Marant semblent avoir peu en commun) font pourtant preuve d’un cheminement similaire. Tout part d’une vision, d’une idée, souvent une obsession qui ne quitte jamais vraiment leur esprit. Le problème n’est pas de la trouver : le génie assure cette fonction avec brio. Mais l’enjeu réel est de parvenir à réaliser ce petit bout d’idée et de le transformer en une collection, et ce six fois par an. Le sourire d’Isabel camoufle une crispation : elle regrette ce rythme infernal à qui elle doit systématiquement un sentiment de frustration. Frustration de ne pas avoir le temps d’imprimer certains tissus, de faire coudre certaines broderies, frustration de ne pas avoir le temps d’aboutir les choses dans leur totalité, C’est là que se creuse le fossé des générations, puisqu’au contraire Olivier Rousteing trouve une émulation en ce trop-plein de demandes, et cela nourrit et stimule son imaginaire qui ne peut plus jamais s’arrêter de tourner.

La conférence se poursuit, et l’on évoque la collaboration avec H&M vécue pour eux comme un aboutissement de la marque, le rôle central des PDG dans de telles maisons, le nom de Sonia Rykiel qui a le pouvoir extraordinaire de réunir deux créateurs si différents autour d’une même référence inoubliable. Et enfin, la conférence se termine par une question audacieuse mais surtout actuelle : quel est le coût d’un pain au chocolat ? Isabel Marant en est bien informée, Olivier un peu moins. Les deux quittent la salle le sourire aux lèvres, le coeur sur la main, et retournent à leurs ateliers construire les rêves qu’ils vendent au monde entier.

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S’ensuivent deux interventions, celle d’Alexandre de Betak et de Frédéric Sanchez. L’un est producteur de défilés, l’autre illustrateur sonore. Les deux nous racontent l’envers du décor, c’est-à-dire la construction minutieuse d’un show autour d’une collection de vêtements (sans qu’ils aient forcément vu les habits, détail quelque peu surprenant). A eux deux, ils comptabilisent trop de défilés pour pouvoir en mettre la liste sur leur CV, mais c’est avec une même passion qu’ils échangent avec chacun des créateurs afin de matérialiser leurs envies et leurs visions.

 

Je reviens avenue de Friedland, Hôtel Potocki, dans l’après-midi à 15h30. Alors que je m’apprête à montrer l’intérieur de mon sac au personnel de la sécurité, je passe à côté de l’homme que j’adule plus encore que Loïc Prigent : Mario Testino. Ce grand mage de la photo de mode, gourou des magazines les plus prestigieux, dont l’oeil de lynx sait saisir les instants fragiles et uniques, apothéoses de grâce et apogées de beauté ; c’est à lui que je dois mon amour pour la mode, grâce à sa série photographiée au Pérou (sa terre natale) pour Vogue Paris il y a déjà quelques années de cela. Nous passons l’un à côté de l’autre : lui sort, je rentre. Je lui dit bonjour (en français, bien sûr), il répond à mon sourire béat par un sourire franc et disparaît dans le tumulte des rues parisiennes.

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Mon coeur reprend sa pulsation normale quand la dernière conférence de ma journée commence. Il s’agit d’une réunion autour du journalisme de mode chez Vogue Paris, avec pour intervenants Emmanuelle Alt (rédactrice en chef), Suzanne Koller (rédactrice en chef de la section mode) et Olivier Lalanne (rédacteur en chef adjoint de Vogue Paris et rédacteur en chef de Vogue Hommes). Les trois piliers du magazine retrace le long processus que représente sa confection. Ils décrivent leur travail d’équipe, leur quête incessante de nouveaux talents, la subjectivité assumée dont il font preuve pour rédiger leurs articles. Ils connaissent le pouvoir de Vogue et l’utilisent pour mettre en avant les idées qu’ils prônent. Leur plus grand enjeu est de rester fidèle à cet esprit Vogue qui perdure depuis sa création, en 1968. Ils font allusion aux spécificités propres à l’édition de Paris, qui diffère en bien des points de celle des autres pays du monde. Plus libre, plus affranchi, plus extrême : il est fait de transgressions, de nouveautés.

La parole est alors donnée aux spectateurs, c’est-à-dire à nous, petits soldats assis en rang droits comme des i sur leurs chaises. Les questions fusent, les oreilles se tendent dans l’attente d’une recette magique, d’un super secret qui ouvrirait les portes cadenassées de ce monde si mystérieux et envoûtant.

Le Vogue Fashion Festival fut une expérience riche et saisissante. Petite lucarne donnant vue sur les coulisses d’un univers incompris, il est l’opportunité pour les amoureux de la mode de s’y rapprocher un tout petit peu plus.

Amélie Zimmermann

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