complémentaires isolées

 

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Elles vous regardent dans les yeux. Regards sans peur, filles aux pupilles d’où perlent les personnalités. D’où le reflet de mon appareil photo miroite. D’où les échos de ce que je suis résonnent. Façonnent ce que l’on est, ensemble. Etre, décliné par celles qui, complémentaires, s’isolent. Isolées mais complémentaires, ensemble d’être seules et seules ensemble : elles sont moi, soustraites aux silences qui m’interdisent devant elles. Je sont elles, par leurs regards effrontés qui ne se dérobent pas à ma vue. Conjuguer ce que l’on croit être à une autre personne, celle d’un être entier qui se gonfle de l’air qui les remplit, s’abrite derrière nos ombres singulières. Seules mais ensemble. Complémentaires isolées.
C’est comme si dans leurs regards échappés se voilait le reflet de ce que seules nous ne pouvons être. Pour me protéger de mon exil acerbe, je m’aliène à leurs démarches, suit leurs traces pas à pas, court derrière elles pour rattraper ce qui de moi s’est accroché en elles. Recroquevillée quelque part dans ces traits qui ne me ressemblent pas, ces moues à moi qu’elles me prêtent le temps du déclic, je goûte à l’extase offerte par le groupe. Liberté béate de l’oubli quand ensemble, nous nous effaçons à nos intérieurs vidés. Voltiges dans les travers de leurs aventures, écouter les histoires des autres et traversée de leurs vies à côté d’elles… Les rires hauts et les ivresses des verres qui tournent, des insouciances de nos amitiés intouchables. Pourtant toutes funambules, nous marchons sur le fil mince de ce qu’elles partagent d’elles avec moi, de ce que je leur offre en retour d’être moi avec elles. La route étroite de nos vies mises en commun, face à l’abîme de celles qui restent seules.
Les secrets défendus et les silences hébétés : la pudeur rosée des amitiés justes. Quand elles ne parlent pas, l’intimité se niche dans nos poches remplies des mystères d’un langage de signes. Quand elles ne parlent pas, leurs mots résonnent plus fort.
Les gens comme nous, ça n’existe pas, les gens comme nous, c’est nous dérivées sur d’autres corps, d’autres lignes, des mains tendues que l’on touche sans y penser. Les gens comme nous, c’est ce que l’on n’osera pas se dire et qu’ils diront pour nous. Les phrases débitées à toute vitesse dans le brouhaha des conversations entremêlées, le flot de nos paroles où nos voix s’élancent, s’interrompent, s’arrêtent. C’est le crescendo puissant de nos « je » affirmés ensemble, la force d’un « nous » qui rend risible l’individu face au groupe.
Seules, nous ne sommes que des corps vacants où l’air passe. Ensemble nous remplissons l’espace. Nous sommes unes, au pluriel. Même si au fond demeure l’inéluctable isolement de l’être, elles sont les simulacres d’un moi qui ne se suffit pas à lui seul. Réunies par un hasard non résolu, car pour qu’un corps se meuve toutes les particules doivent se soudre, nous sommes là pour avancer. Et sans l’inertie des petits corps entraînés vers la terre, la léthargie de celui resté immobile parvient à nous tuer. Alors même s’il faut se déchirer nous transportons nos solitudes vers la mobilité d’un groupe croissant. Nous nous regardons parfois sans nous comprendre. Elles sont mes contraires, mais nos corps sont les écrins de nos âmes autrement incomplètes. Complémentaires isolées.

Amélie Zimmermann.

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