reborn clothes #2 : la marque OLIOPAL

Responsable de l’émission de 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre, de plusieurs millions de tonnes de textile jetés en décharge chaque année, de la pollution de 70% des cours d’eau en Chine, la mode, deuxième industrie la plus polluante au monde après celle du pétrole, agit inconsciemment, passive face aux preuves de sa déroute. La logique de la fast fashion explique ces excès désastreux : produire plus, de piètre qualité, pour attiser le désir du consommateur vers des vêtements jetables. La société de consommation, les réseaux sociaux, le webmarketing et l’eshopping créent des besoins imaginaires pour mieux appâter leurs proies : nous. Nous sommes entrés dans le circuit infernal d’une mode qui veut toujours plus, insatiable animal n’écoutant que ses propres lois. Nous observons la trace de notre vie détruire ce qui nous a été offert, à la fois honteux, responsables, et impuissants. Enfermés dans une fatalité qui nous dépasse, celle d’un monde trop grand à réparer, nous nous demandons ce qu’individuellement nous pouvons bien faire. Cette prise de conscience est générale, et touche très particulièrement la mode depuis peu. Retour sur une industrie peut-être enfin prête à changer.

Changer la mode : c’est le parti pris de Manon Delmont, fondatrice d’Oliopal, une marque de vêtements féminins indépendante, éthique, et écoresponsable. Cette jeune entrepreneuse s’est rendue compte, en mettant en pratique le mode de vie zéro déchet dans son propre quotidien, de l’absence de solutions alternatives pour les passionnés de mode souhaitant faire correspondre leurs tenues à leur éthique. Elle a donc décidé de fonder sa marque à l’allure bohème et romantique, et surtout, dont toute la lignée de production respecte l’environnement. Ses articles mis en vente sur Etsy depuis maintenant un an, elle agrandit désormais son projet et réalise des collections saisonnières respectueuses de ses valeurs clés. Le respect, la bienveillance et l’écologie.

photo: @gabrielle_malewski
maquillage: @hind_makeupartist
habits: @_oliopal
modèles: @charliemelchiori @emilie.lan @ameliezimmermnn

Que signifient pour vous les étiquettes « éthique », « upcyclé » et « éco-responsable » que vous utilisez pour définir votre marque ?

M.D : Pour moi le principe de l’éthique c’est l’idée de bien faire socialement, mais aussi d’un point de vue environnemental. C’est la durabilité du produit et l’objectif de créer et proposer une mode alternative à la fast fashion, plus respectueuse de l’homme et de l’environnement. Toutes mes créations sont réalisées de façon artisanale par moi-même, et parfois avec une artisan brodeuse qui réalise les broderies de mes créations à la main. Toutes mes créations sont pensées et réalisées de A à Z en région parisienne.

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M.D : J’utilise l’étiquette upcycling principalement pour définir la provenance des matériaux que j’utilise. Je récupère des rouleaux de tissus dont se débarrassent les grandes marques souvent à cause de petits défauts quasiment invisibles dans le tissage, et parfois car ils n’en ont pas l’utilité. Ces fins de rouleaux sont disponibles à la vente quelques mois avant d’être détruits. C’est donc ça l’upcycling : récupérer des matériaux qui sont destinés à la destruction et en faire quelque chose de nouveau. Il en est de même pour ma mercerie ; tous les boutons, zip et autres fils que j’utilise pour la réalisation de mes modèles ont été rachetés sur leboncoin. Je suis tombée sur l’annonce d’une ancienne gérante de mercerie qui à mis la clé sous la porte et qui se débarrassait de tout son stock.

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M.D : La mode éco-responsable est un moyen de faire face à la surconsommation. C’est l’idée d’une mode qui vise à réduire le gaspillage, acheter moins mais mieux. Avec la fast-fashion c’est devenu compliqué, on incite les consommateurs à acheter toujours plus. Dans une société où l’on cherche à produire vite et à bas prix, le respect des conditions de travail et des normes environnementales sont souvent mises de côté. C’est avec des démarches comme l’upcycling ou le fait-main que la mode peut être responsable. La fabrication locale limite l’impact écologique des transports.

Concrètement, quels sont les procédés par lesquels vous passez pour réaliser vos pièces ?

M.D : Je me suis mise dans un premier temps à la recherche de mes tissus. Le point négatif de l’upcycling c’est qu’on ne peut pas forcement choisir ce qu’on veut, on se contente souvent de ce qu’il y a et les idées de création viennent ensuite. Le choix n’est pas toujours intéressant, alors ça prend du temps. Une fois les tissus trouvés j’ai commencé à chercher des ambiances et faire quelques croquis. Pour les motifs de mes broderies je me suis inspirée des azujelos portugais. Généralement je crée spontanément des vêtements que j’aimerais porter.

M.D : J’aime réaliser des coupes simples qui peuvent aller à tout types de femmes. Le moulage, le montage du patron, la coupe du tissu et la couture du vêtement : tout est réalisé par moi-même. Pour les modèles brodés mon amie brodeuse interviens entre la coupe du tissu et le montage du vêtement. Je réalise les modèles sur commande et parfois sur mesure. Je peux aussi apporter certaines modifications à mes créations si besoin, allonger ou raccourcir un vêtement, supprimer ou ajouter une broderie, tout est possible !

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Utilisez-vous des matériaux recyclables également dans vos emballages/ étiquettes/ colis…?

M.D : J’essaye au maximum d’utiliser des matériaux recyclés y compris dans le packaging et quand je n’en trouve pas c’est au minimum recyclable ! Par exemple, j’ai passé énormément de temps à chercher des étiquettes recyclées et fabriquées en France, mais ça a été sans succès. J’ai donc du me résoudre à les faire fabriquer en Allemagne, elles ne sont pas recyclées ,mais sont recyclables. Mes cartes de visites sont réalisées en t-shirt coton recyclé, réalisées par la société MOO. J’emballe mes commandes dans du papier de soie que je récupère dans des boutiques, ils en jettent des quantités folles chaque semaine ! Et pour les cartons j’utilise au maximum des cartons qui ont déjà servi ( s’ils sont en bon état), sinon ce sont des cartons neufs qui sont recyclables.

Pensez-vous qu’il est possible d’être autant (voire plus) créatif en ayant recours à du seconde-main, à des chutes de tissus, à des matériaux biodégradables, etc ?

M.D : Oui c’est tout à fait possible. En fait c’est le paradoxe du choix : je me contente de ce que je trouve pour être créative. Alors qu’avant, quand j’achetais mes tissus dans des magasins classiques j’avais un choix énorme, je ne savais pas quoi prendre comme tissus et j’en achetais beaucoup trop. Je n’étais jamais satisfaite de mes choix et des créations que je réalisais avec. Trop de choix conduit souvent à l’impression de prendre de mauvaises décisions, et réduit finalement notre créativité.

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Avez-vous le sentiment qu’une prise de conscience traverse l’industrie textile ?

M.D : Oui il y a une certaine prise de conscience, c’est certain, mais elle n’est pas encore suffisante. Il y a encore beaucoup de personnes qui préfèrent acheter beaucoup d’articles à bas prix sans se soucier de l’impact social et environnement que ça implique.

Justement, comment réussir à changer les mentalités des gens, à les pousser à arrêter de consommer la fast fashion et à investir dans une mode alternative ?

On ne peut pas pousser les gens à arrêter de consommer la fast-fashion malheureusement. Il faut agir pour soi d’abord et avec conviction, c’est la manière la plus efficace de faire évoluer les mentalités. Il faut proposer des idées novatrices à tout le monde, pas seulement aux personnes qui ont déjà conscience des méfaits de la fast-fashion. Je pense que les gens prendront conscience seuls du fait qu’il faille consommer différemment. C’est d’ailleurs ce qui c’est passé pour moi ; je viens d’une famille où on préfère acheter beaucoup à bas prix plutôt que moins et mieux. Je suis partie de ma région natale pour la capitale, et un jour je suis tombée par hasard sur un documentaire d’Arte concernant le zéro déchet et c’est grâce à ça que j’ai changé mon mode de vie. Personne ne m’as réellement poussé à le faire, ça à juste été un élément déclencheur, une prise de conscience. Cette prise de conscience arrivera chez tout le monde, tôt ou tard.

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Il n’y a pas eu de marques de référence qui vous ont inspirées à vous lancer dans la mode éthique ?

Il y a beaucoup de marques éthiques qui ont des concepts hyper intéressants, je pense notamment à Marcia de Carvalho chez qui j’ai brièvement travaillé et qui recycle des chaussettes usées pour réaliser un nouveau fil et créer de nouveau vêtements avec. C’est le concept le plus intéressant que je connaisse. Mais au niveau du style, il n’y avait aucune marque éthique par laquelle j’étais vraiment attirée, c’est aussi pour ça que j’ai décidé de créer ma marque.

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Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui aimerait porter des vêtements éco-responsables, mais qui n’a pas forcément beaucoup de moyens ?

La premier conseil que je peux donner c’est d’abord de prendre conscience de ce dont on a vraiment besoin. Souvent nous avons des dressings qui débordent pour au final porter toujours les mêmes tenues. Il faut savoir se contenter du minimum. Il est souvent préférable d’acheter un haut venant d’une marque éthique qui va peut-être couter 150€ mais qui sera intemporelle, de meilleure qualité et que vous pourrez portez durant plusieurs années plutôt que 3 hauts chez Zara que vous allez porter deux fois soit parce qu’ils vont s’abimer très rapidement, soit parce qu’ils vont se démoder au bout de deux mois. Et pour les personnes qui n’ont vraiment pas de moyens financiers, la solution la plus éthique est d’acheter des vêtements de seconde main.

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Amélie Zimmermann

 

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